Mot de Claudette, présidente de ProCoRe

Je plaide pour... Un peu de réalisme...

Evoquer la prostitution dans ses multiples réalités sans la réduire, comme on le fait trop souvent, à un seul de ses aspects, c'est refuser de vouloir faire une synthèse mirobolante ou misérabiliste de ses facettes contradictoires. Parler de la prostitution est difficile, car la dire, parce qu'on l'exerce, c'est immanquablement évoquer sa propre intimité, alors que le discours sur la prostitution tente souvent de l'aborder en faisant parler un imaginaire et des représentations de ce qu'il y a de plus sordide, de plus lointain du quotidien de tout un chacun, de plus aliéné, de plus extravagant. Je me contenterai donc dans ce texte de donner quelques flashes sur ce qu'est pour moi la prostitution, sans effacer, sous un discours lisse, ses contradictions et en désignant par petites touches comment, avec une certaine délicatesse, on pourrait la considérer.

La prostitution c'est... Une paire de seins dévoilés, une minijupe, des hauts talons... Nos entrecuisses... Qui peuvent émouvoir les hommes. Prostituées, nous sommes un peu détentrices d'un pouvoir sur les hommes. Se prostituer c'est par exemple entrer dans un bar, se faire offrir un verre, se faire courtiser... Se sentir une personne dans le regard d'un homme, que ce soit pour un moment fugace ou dans une certaine régularité.

Mais entrer dans la prostitution n'est pas qu'affaire de pouvoir et de séduction... C'est aussi le lot de beaucoup de femmes qui y viennent à cause de la pauvreté : c'est donc bien la pauvreté qu'il faut abolir, car rien ne sert de nier que si elles en avaient le choix, beaucoup de femmes n'entreraient pas dans la prostitution.

Choix contraint ? Oui... Parfois... Je ne dirais pas aux filles... Ni aux garçons du reste, d'entrer dans la prostitution. Mais si ces personnes décident d'entrer dans la prostitution, pour éviter l'assistance, pour ne pas se marginaliser davantage, si elles font le choix de gagner ainsi leur vie, reconnaissons alors que la prostitution est une manière de faire : elle peut permettre à sa famille de vivre décemment... Choix fait dans les contraintes réelles de la société, elle doit alors pouvoir s'exercer en toute légalité dans cette réalité et ce choix doit être reconnu comme un métier. C'est bien la reconnaissance légale qui permet de se prémunir de la contrainte, du proxénétisme forcé, des mauvais traitements... toutes conditions d'exercices de la prostitution qui forcent à travailler cachées, empêchant les femmes d'être protégées.

Choix contraint ?... Oui... Parfois... Mais tant d'autres choix sont également contraints... La caissière de grande surface, la travailleuse à la chaine, les petits salaires, le peu de considération, la pression dans le travail sont monnaie courante et même parfois... A préférer à la prostitution, car elle n'a, à cet égard, rien de bien particulier ou de remarquablement plus aigu à montrer.

Pourtant pour une prostituée, dire qu'elle « fait des clients » c'est automatiquement se mettre à l'écart de la société et de ses normes, même lorsque les lois réglementent plus qu'elles n'interdisent. Ainsi, même si un cadre légal limite les abus, le regard porté sur nous empêche nombre d'entre nous de parler à visage découvert, de s'assumer pleinement aux yeux des proches ou de l'administration, ou de tiers hors prostitution... Pourtant, au regard de la société encore, aller aux « putes » n'est qu'un acte banal, admis. Il y a donc deux poids deux mesures, une sorte de schizophrénie que l'on retrouve du reste chez certains clients qui paient parce qu'ils achètent ce service sexuel et qui finissent, une fois la relation établie, par affirmer que les prostituées ne devraient pas être dans la prostitution. C'est au fond comme si, chez certains clients, leur pratique de la prostitution ne changeait pas l'image qu'ils se font de la prostitution. Une image où elles sont toutes des victimes, même si la transaction concrète ne ressemble pas à cette image... Ce double standard, où les prostituées ne devraient pas exercer, et les clients ne pas acheter, n'aide pas à désembourber les débats sur la prostitution et à assurer aux femmes et aux hommes une protection digne de ce nom.

Je ne demande donc rien d'autre au fond... qu'un peu de réalisme, ou est-ce un peu d'honnêteté?

Claudette, présidente de ProCoRe