Féminisme et prostitution

Féminisme et prostitution

En 2003 la loi de sécurité intérieure (LSI), dite loi Sarkozy, instaure le délit de racolage passif dans le but de « nettoyer le trottoir » et de lutter contre le proxénétisme. On voit bien dans le cumul de ces arguments comment on dépeint les prostituées, à la fois comme délinquantes et victimes. Des victimes qui ne pourront être sauvées que par la pénalisation !

Les conséquences de la loi ont été dramatiques en terme de violence et de dégradation des conditions de travail. En mai 2002, à l'annonce de la loi, il y a eu un mouvement de contestation très fort qui a continué sous d'autres formes depuis, en effet de nombreuses associations se sont mobilisées. La LSI n'est en réalité pas totalement appliquée mais c'est un climat général de répression qui a été instauré : arbitraire policier, gardes à vues à répétition, violences extrêmes, etc... Ce qu'on peut en conclure, c'est que si le cadre légal est important, il reflète surtout la manière dont les travailleuses du sexe sont prises en compte dans la société. En France, par exemple, il est parfaitement normal que les prostituées soient réprimées, et considérées comme délinquantes.

En tant que militantes et en tant que mouvement, la principale violence qui a voulu être dénoncée, c'est la stigmatisation. C'est l'infamie sociale qui est accolée au statut de prostituée permettant la répression, et parallèlement à ça, un mécanisme de confiscation de la parole qui nous empêche de nous organiser, de la combattre et de la dénoncer.

En réponse au stigmate - que nous avons baptisé « putophobie » - nous avons répondu par la notion de fierté, et cela s'est décliné sous différentes formes. L'idéologie abolitionniste soutiendra les militantes dans la mesure où est dénoncée la répression mais pas dans la revendication de droits et encore moins dans la notion de fierté ou dans la lutte que l’on prône contre le stigmate.

C'est bien la question du stigmate de putain avec son rôle de contrôle social qui nous concerne toutes. Le fait de déconstruire ce stigmate est un enjeu réel du féminisme. Être pute, ou même prostituée est avant tout utilisé comme une insulte. C'est une infamie. Elle pèse d'abord sur celles qui exercent l'activité, mais c'est aussi une menace qui pèse sur l'ensemble des femmes. C'est à dire que le risque d’être assimilée à une pute dès qu'on sort du comportement accepté par la société, c'est le risque de subir la même exclusion, la même violence. L'ordre moral a réellement besoin de nous maintenir dans cette position stigmatisée. La violence est utilisée comme arme de contrôle sur le comportement des femmes en général. Le stigmate de pute est donc un stigmate de genre.

Une des conséquences est de nous diviser: les « non-putes » ont tout intérêt à se dissocier du stigmate. L'exemple le plus flagrant – ici je n'utilise que le nom de l'association et non les détails de sa pratique, qu’est l'association Ni putes ni soumises, où le message sous-jacent, est : « je ne suis pas mauvaise, donc je mérite le respect ». C'est alors conditionner le respect à un comportement qui est en accord avec l'ordre moral. C'est une position de justification qui admet la norme sociale, alors que ce que nous souhaitons mettre en avant, c'est : « même en tant que putes, on exige le respect et on conteste ce code social qui nous est imposé ». La norme sociale... elle doit juste être détruite. L'outil de la fierté qu'on utilise en tant que travailleuse du sexe est réellement un outil qui doit être partagé par la scène féministe.

Cadyne, porte parole du Strass