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Fondé par Jean-Michel Carré et Serge
Poljinsky – bientôt rejoints par Yann Le Masson – à la suite de leur
festival « Festival du film censuré », Les Films Grain de Sable, sur la
base de principes maoïstes, se consacrent d’abord à une vaste critique
de ce que Michel Foucault nommait « les milieux d’enfermement » :
écoles, hôpitaux, usines et bien sûr prisons. Une telle plate-forme ne
se dissocie pas des luttes internationales, et Les Films Grain de Sable se consacrent aussi à la distribution d’œuvres consacrées à l’Apartheid,
à la révolution des œillets, à la violence économique japonaise, aux
conflits du Moyen-Orient.
Comme l’explique Jean-Michel Carré :
« Nous avons toujours privilégié le travail de fond sur la durée, et
c’est encore le cas aujourd’hui.
A l’époque, nous appliquions les principes maoïstes du centralisme
démocratique et le cheminement dialectique ‘pratique-théorie-pratique’ :
aller sur le terrain, tourner, prendre l’avis d’intellectuels et de
chercheurs sur notre travail, puis repartir vers le terrain.
Le cinéma nous paraissait être l’art le plus adéquat pour l’activisme
politique. Nous avions, au sein du groupe, chacun un diplôme de prise de
vue, de montage ou de réalisation (obtenu à l’Idhec), ce qui nous
permettait une rotation des tâches, qui désacralisait le rôle du metteur
en scène. »
On constate, bien loin de les entraver, qu'une telle désacralisation
favorise les initiatives formelles : sur un mode auteuriste comme en
témoigne l’œuvre de ces grands stylistes que sont Yann Le Masson, Omar Amiralay, ou sur le mode des films « collectivistes » comme « J’ai huit
ans », « Regarde, elle a les yeux grands ouverts » ou « Le ghetto
expérimental ». |
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« Le véritable travail du documentariste est
de témoigner de la place de l’homme dans le système, celui qu’il
s’impose comme celui qu’il invente.
J'ai toujours été préoccupé par ceux qui, mus par la
volonté de changer les relations humaines, s’investissent dans la sphère
sociale et politique. Je ne cède pas à l’aigreur des fins de partie, mais questionne encore
les initiatives nouvelles, les différentes façons de vivre avec l’autre,
de construire la collectivité et de bâtir un avenir différent.
L’expérience de la collectivité se fait sur tous les plans. Mes films sont construits avec les acteurs de ces aventures et autour
des initiatives qu’ils tentent de mettre en place ; que ce soit dans le
domaine de l’éducation, de la mondialisation ou bien encore de la
maladie mentale.
Le film lui-même devient alors une expérience collective humaine. »
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